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Quotidien indépendant d'information générale, d'analyse, d'enquête et de lutte contre la désinformation en Centrafrique

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RCA : DOLOGUELE DÉFIE L’ÉTAT CENTRAFRICAIN DEVANT L’ONU : LA BATAILLE DE LA NATIONALITÉ S’INTERNATIONALISE  

L’opposant centrafricain Anicet-Georges Dologuélé, figure de proue de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), a franchi une nouvelle étape dans son bras de fer avec le pouvoir de Bangui. Après la décision de justice lui retirant sa nationalité centrafricaine, l’ancien Premier ministre a saisi le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies, dénonçant une mesure « arbitraire et politiquement motivée ».  

 

Ce geste confère désormais à la crise politique un écho international à moins de deux mois de la présidentielle de décembre 2025. Il a porté sa contestation de la perte de sa nationalité devant le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies. Cette démarche intervient après qu’un tribunal de Bangui a annulé son certificat de nationalité, décision qui pourrait le rendre inéligible à l’élection présidentielle prévue le 28 décembre 2025. 

 

Une décision judiciaire controversée, en octobre dernier, le tribunal de grande instance de Bangui a annulé le certificat de nationalité de Dologuélé, estimant qu’il avait perdu sa citoyenneté centrafricaine depuis son acquisition volontaire de la nationalité française en 1994. Une lecture stricte du code de la nationalité de 1961, qui stipule la perte automatique de la nationalité centrafricaine en cas de naturalisation étrangère. L’opposant avait renoncé à sa nationalité française en août 2025 pour se conformer aux exigences constitutionnelles relatives à l’exclusivité de nationalité pour les candidats à la présidence. 

 

Mais pour les partisans de l’opposant, cette décision n’est rien d’autre qu’une manœuvre d’exclusion politique, destinée à écarter un concurrent sérieux du président sortant Faustin Archange Touadéra. Dologuélé avait en effet renoncé à sa nationalité française en août 2025 pour se conformer aux exigences constitutionnelles imposant la nationalité « unique et exclusive » aux candidats à la magistrature suprême.  

 

Dans sa plainte à l’ONU, Dologuélé soutient que la décision du tribunal constitue une violation de ses droits civiques et politiques fondamentaux, en particulier son droit de participer à la vie politique de son pays. Le Comité des droits de l’Homme examinera désormais la recevabilité de sa requête et pourra émettre des observations ou recommandations sur cette question.

 

En saisissant le Comité des droits de l’Homme de l’ONU, Dologuélé place désormais le débat sur le terrain du droit international. Sa plainte repose sur l’argument que la déchéance de nationalité porte atteinte à ses droits civiques et politiques fondamentaux, notamment le droit de participer librement à la vie publique de son pays. Cette démarche inédite pour un opposant centrafricain pourrait embarrasser le gouvernement, au moment où la communauté internationale surveille déjà de près les conditions d’organisation du scrutin de décembre prochain.  

 

Au-delà de la bataille juridique, cette affaire illustre la fragilité institutionnelle et la politisation du droit en Centrafrique. La question de la nationalité déjà sensible dans un pays marqué par des décennies de divisions identitaires devient ici un instrument de régulation du champ politique. Pour les uns, Dologuélé cherche à internationaliser un dossier strictement national. Pour les autres, il tente simplement de faire valoir ses droits dans un système judiciaire perçu comme inféodé au pouvoir. Un tournant avant la présidentielle, à quelques semaines de l’élection, l’affaire Dologuélé cristallise les tensions entre légitimité nationale et pression internationale. 

 

Si l’ONU décidait d’examiner sa requête, Bangui serait contraint de justifier juridiquement la mesure, au risque d’une condamnation morale sur la scène mondiale. L’opposant, quant à lui, se positionne désormais en martyr politique, symbole d’une opposition muselée. Et son combat pour la nationalité devient, dans l’opinion, celui pour la restauration de l’État de droit en République centrafricaine. 

 

Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu à quelques semaines de la présidentielle centrafricaine. Elle soulève des questions sur l’application du droit de la nationalité et sur les mécanismes judiciaires encadrant l’éligibilité des candidats. Les autorités centrafricaines n’ont pas publié de commentaires récents sur la plainte déposée à l’ONU. 

 

J. Wambangui-Zigö

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